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Jeux Et Enjeux des Récréations du Monde

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Nos rencontres avec les élèves du monde entier


Potosi : une ville minière (d)étonnante.

Publié par Flo et Romain sur 1 Septembre 2015, 19:57pm

Catégories : #Bolivie

Potosi : une ville minière (d)étonnante.

Comme on allait vers Sucre, la capitale de Bolivie ; on a choisi de nous arrêter en chemin à Potosi ; une ville minière. Sa richesse ? L’argent !!! Dominée par une montagne (appelée Cerro Rico qui signifie sommet riche) à 4824 mètres d’altitude, la ville exploite ses mines depuis de nombreuses années.

Avec l’arrivée des Espagnols en Amérique du Sud, les mines furent exploitées par des Indiens forcés à l’esclavage… Cette période fit des millions de morts (dus aux conditions de travail terribles).

Après 1810, l’indépendance, les ouvriers se mirent à travailler en coopérative mais les mines étant déclarées « vides » ; aucun investissement public n’a été fait pour améliorer les conditions de travail. Aujourd’hui les mineurs exploitent les mines de façon artisanale et dangereuse pour trouver un peu de plomb, de zinc et d’argent.

Potosi : une ville minière (d)étonnante.

Bien que controversé, nous avons décidé de visiter une mine… mais pas n’importe comment ! Nous avons choisi de le faire avec l’agence « Big Deal Tours », qui propose des visites avec d’anciens mineurs et dont une partie du prix est reversé à la communauté des mineurs. Le tour est plus cher que celui des autres agences, mais au moins il nous emmène dans une vraie mine, non pas juste pour « voir » mais pour rencontrer des mineurs et essayer de comprendre leur vie.

Il faut savoir qu’un mineur gagne « bien » sa vie : au minimum 3000 bolivianos par mois alors que le salaire minimum en Bolivie est de 1480 Bolivianos. Mais les conditions de travail sont horribles. Même si les ouvriers sont regroupés en coopérative, chacun gagne en fonction de la quantité et de la qualité du minerai qu’il remonte.

Les règles de sécurité sont inexistantes à l’intérieur de la mine et aucun ingénieur n’examine la stabilité des galeries. (D’ailleurs il n’existe aucune carte des galeries alors que la montagne est percée en toute part). Les mineurs travaillent en jean, chemise, avec des bottes en caoutchouc et un casque muni d’une lampe. Ils utilisent de la dynamite pour exploser les murs. Les plus chanceux ont aussi un marteau piqueur et un chariot ferré pour transporter leur minerai alors que les plus pauvres utilisent un marteau et un pic et doivent porter leurs biens sur le dos.

En entrant dans la mine, je dois dire que je n’étais pas très rassurée…. Et effectivement, au bout de quelques minutes on a entendu (et surtout senti) plusieurs détonations ! 12 au total ! A gauche, au-dessus, en dessous, en bas ? Aucune idée… mais en tout cas ce n’était pas loin !!! On s’est enfoncé encore plus dans les galeries, jusqu’à devoir ramper pour avancer… L’air est suffoquant et chaud ! Pour nous, simples visiteurs, c’était déjà très difficile, mais pour ceux qui doivent travailler là, c’est un enfer !

Potosi : une ville minière (d)étonnante.Potosi : une ville minière (d)étonnante.
Potosi : une ville minière (d)étonnante.Potosi : une ville minière (d)étonnante.
Potosi : une ville minière (d)étonnante.
Potosi : une ville minière (d)étonnante.

D’ailleurs en parlant d’enfer, il y a un « dieu » à l’intérieur de la mine, représenté par une statue de Diable. Il s’appelle le Tio, mais n’est pas méchant, c’est le protecteur de la mine. Pour garder le Tio heureux et faire bonne fortune, les mineurs viennent faire des offrandes : cigarettes, feuilles de coca, alcool et fœtus de lama… Toujours par paire car les chiffres impaires portent malheur ! L’entrée de la mine est également aspergée de sang de lama pour calmer les ardeurs de la Pachamama, la déesse de la Terre. Ces offrandes ont souvent lieu en début de mois pour demander de la bonne fortune et en fin de mois pour remercier le Tio et la Pachamama du mois écoulé.

Comme nous avons visité la mine le dernier vendredi du mois d’août, c’était « jour de fête »… enfin d’une certaine manière… Nous avons rencontré de nombreux mineurs ivres morts. Il faut dire qu’en buvant de l’alcool à 96 degrés, ça va vite. Mais on a vraiment ressenti le fait que boire ce n’était pas pour célébrer la fin du mois mais plutôt pour oublier leurs conditions. Peut-on les blâmer pour cela ??? Même si cela est choquant, on arrive à les comprendre… Ce qui nous a encore plus dérangés c’est de voir un enfant travailler. Même notre guide nous a dit qu’il avait commencé à 9ans. Ce garçon travaille avec son père, il a 15 ans et doit subvenir aux besoins de ses 5 frères et sœurs et de sa maman. Un choix de vie ? Non, je ne pense pas… On ne le répétera jamais assez, les enfants ne devraient jamais travailler !!! Ce jour-là nous n’en avons vu qu’un mais nous sommes sûrs, malheureusement, qu’ils sont nombreux à travailler dans cette mine sombre et dangereuse.

Pas étonnant avec ce genre de vie, que tous les mineurs soient accros à la coca. La coca est une plante qui sert à faire de la cocaïne. (Mais la plante elle-même n’est pas de la cocaïne). Les mineurs mâchent des feuilles à longueur de journée qu’ils gardent dans leur joue (comme le font les hamsters qui stockent de la nourriture). La coca aurait plusieurs vertus : aider à mieux supporter l’altitude, redonner de l’énergie, réduire la sensation de faim ! Une fois que les feuilles n’ont plus de goût en bouche, les mineurs les recrachent et en prennent d’autres, comme un cercle sans fin…

Potosi : une ville minière (d)étonnante.

Après deux heures de marche dans cette mine lugubre, nous avons retrouvé l’air frais extérieur. L’expérience a été « intéressante » ; nous avons pu comprendre comment Potosi est devenue la ville magnifique qu’elle est aujourd’hui. Nous avons également été témoins (malheureusement) des conditions de travail infernales que vivent beaucoup de personnes. C’est une expérience que nous ne ferions pas une deuxième fois mais qui nous a fait beaucoup réfléchir… D’ailleurs si vous voulez essayer de vous imaginer à quoi ressemble cet enfer, je vous conseille le livre « Les 33, la fureur de survivre » d’Hector Tobar, qui raconte l’histoire des 33 mineurs chiliens qui sont restés 69 jours coincés à 700 mètres sous terre suite à un effondrement de la mine en 2010. (Je l’avais terminé juste avant d’aller à Potosi, et ce n’était pas franchement une bonne idée…).

Potosi : une ville minière (d)étonnante.
Potosi : une ville minière (d)étonnante.Potosi : une ville minière (d)étonnante.

Les mineurs demandent sans arrêt au gouvernement des installations plus sûres, un meilleur hôpital, d’autres infrastructures et surtout un meilleur prix pour le minerai (car le minerai est la principale (et de loin) activité de Potosi)… comme le Président l’avait promis, mais même après plusieurs grèves rien ne change ; des mineurs s’enfoncent sous terre tous les jours et meurent à petit feu pour gagner peu… à cause des poussières qu’ils respirent, à cause du travail acharné qu’ils exercent, à cause de la mine tout simplement… Des millions de gens sont morts et d’autres continuent de les rejoindre… Alors oui, en France on demande moins d’heures de travail, plus de vacances et d’autres « futilités », mais pensez un peu à ces hommes et ces enfants, qui travaillent d’arrache-pied pour subvenir à leurs besoins…

Vous l’aurez compris, certaines choses nous révoltent mais c’est également pour cela qu’on aime à ce point voyager…Ouvrir les yeux sur le monde, découvrir d’autres façons de vivre, être révoltés, émerveillés, choqués, étonnés…

La suite de notre périple en Bolivie va pourtant se poursuivre de manière plus tranquille, direction Sucre et Torotoro pour un retour à l’ère des dinosaures…

PS: vous comprendrez facilement qu'il n'y a pas beaucoup de photos..le but n'était pas de faire du "tourisme"...

Commenter cet article

Jérôme 02/09/2015 11:11

Quelle impression bizarre lorsque sur les coups de midi, on entend détoner les charges alors qu'on est encore dans les entrailles du Cerro Rico.

Jérôme 02/09/2015 08:53

Je vous suis totalement dans vos derniers paragraphes. Cela ferait du bien à beaucoup de regarder comme on vit ailleurs. On apprécierait d'autant ce qu'on a en râlant moins.

Sinon Potosi est vraiment un endroit particulier, important à voir pour comprendre l'importance des mines, hostile le temps de s'acclimater à l'altitude quand, comme moi, on arrive de Sucre, et finalement agréable à vivre.

Il faut juste éviter d'y arriver pendant des grèves de mineurs au risque de prolonger le séjour.

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